Dali, roi fantasque de Catalogne

« Apothéose dalinienne hier soir dans le temple du Savoir devant une foule fascinée. A peine arrivé dans ma Rolls bourrée de choux-fleurs, salué par des milliers de flashes des photographes, j’ai pris la parole dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne. »
Ainsi débute les Moustaches Radar, un ouvrage composé d’extraits du Journal d’un génie rédigé par Salvador Dali.

Si ses peintures, sculptures ou bijoux sont universellement connus, il est vraiment intéressant de se plonger dans les différents écrits de cette personnalité hors-du-commun. Lire Dali, c’est plonger dans ses idées les plus délirantes et comprendre, ou du moins essayer de comprendre son processus créatif. Il est souvent difficile de démêler les fils de ses pensées et de savoir s’il s’agit d’un personnage créé de toute pièce ou de Dali lui-même, conscient  de son incroyable génie.
À l’instar de ce qu’il a pu écrire sur Freud, on aurait aimé pouvoir sortir le cerveau de Dali de sa coque afin d’en analyser la substance. « J’ai déjà dit, en racontant ma rencontre avec lui, que le crâne de Freud ressemblait à un escargot de Bourgogne. La conséquence est évidente : si on veut manger sa pensée, il faut la lui sortir avec une aiguille. Alors elle sort toute entière. »
Un lieu sur terre permet de mieux saisir ce que fut Dali : la Catalogne, un territoire qui le vit naître en 1904, et aujourd’hui lieu de pèlerinage de ses nombreux admirateurs. De son Théâtre-Musée à Figueras au Château de Púbol, en passant par sa maison de Port Lligat… partez sur les traces de Dali, peintre, sculpteur, vidéaste, photographe, designer, écrivain…roi du surréalisme !

Le Théâtre-Musée Dali

Musée Dali à Figueras
Musée Dali à Figueras

« Où donc, sinon dans ma propre ville, ce qui est le plus extravagant et le plus solide de mon œuvre doit-il être conservé, où sinon ? Le Théâtre Municipal, ce qui en restait, m’a semblait très approprié et pour trois raisons : la première, parce que je suis un peintre éminemment théâtral ; la seconde, parce que le théâtre se trouve juste devant l’église où j’ai été baptisé ; et la troisième, parce que c’est précisément dans la salle du vestibule du théâtre que j’ai fait ma première exposition de peinture ». C’est ainsi que Salvador Dali expliquait le choix de ce lieu pour accueillir un musée dédié à son œuvre.
Inauguré en 1974, le Théâtre-Musée de Dali s’éleva sur les cendres de l’ancien Théâtre Municipal de Figueras, détruit lors d’un incendie en 1850. Ramon Guardiola, alors maire de la ville, proposa à Dali de le transformer en musée afin d’y exposer ses créations.
Et il devint beaucoup plus qu’un simple musée… Œuvre d’art à part entière, le Théâtre-Musée de Dali saisit le visiteur dès qu’il l’approche. En effet, comment rester de marbre face à cet édifice extravagant, château rouge tout droit sorti d’un rêve surmonté d’immenses œufs blancs ?! C’est un voyage dans une autre dimension qui vous attend ici, conçu pour dérouter, étonner, désarçonner. Un écrin fantasque à la mesure de son géniteur.
Spectre du sex-appeal, La corbeille à pain, Autoportrait mou avec un bacon frit, GalarinaSes plus grandes œuvres sont exposées ici, dans une mise en scène aussi surréaliste que ces œuvres en elles-mêmes. Ici, on peut également découvrir la collection de bijoux réalisée par le maître espagnol Dali-Joies, mais aussi les pièces d’autres artistes signées Duchamp, Urgell, El Greco et d’amis comme Antonio Pitxot ou Evarist Vallès. À noter que l’on peut se recueillir devant la tombe du Divin Dali dans la crypte aménagée à l’intérieur du château.

La Maison de Port Lligat

La Maison de Dali à Port Lligat
La Maison de Dali à Port Lligat

C’est ici qu’il vécut, de 1930 à 1982, aux côtés de sa femme, Gala. Gala, qui fut aussi sa muse, l’une des figures essentielles de son œuvre : magnifiée, élevée au statut d’icône tout au long de sa vie d’artiste et d’homme passionné. Pour découvrir l’âme de ce lieu qui accueillit ce couple atypique, la réservation est de rigueur. C’est là, au cours d’une visite guidée passionnante, que vous serez transporté dans leur intimité. Constituée d’un assemblage de maisons de pêcheurs d’une surface de 400 m² située à proximité de Cadaquès, la demeure de Dali est elle aussi surmontée par ces étranges œufs, marque de fabrique de l’artiste. Ours empaillé, objets étranges, piscine inspirée par les fontaines de l’Alhambra de Grenade… Bric à Brac dalinien !
Dans la chambre de Dali, vous pourrez observer un miroir qui lui permettait de voir le soleil se lever sur le cap de Creus… « sans se lever de son lit ».

Le château de Púbol

Le château de Púbol
Le château de Púbol

Bienvenue dans la demeure de Gala, offerte par Dali à sa bien-aimée en 1968. Même si elle n’y venait que très rarement, on retrouve ici le bric à brac dalinien de Port Lligat mais aussi une décoration royale conçue pour celle que Dali considérait comme sa reine. Vous pourrez contempler un superbe jardin à l’anglaise, ornée de têtes de Wagner, qui était le compositeur préféré de la muse. Une femme dont le destin fut intimement lié à celui de grandes figures de l’époque comme le poète Paul Eluard, avant de rencontrer celui qu’elle n’allait plus jamais quitter.
Gala repose ici, dans une crypte habitée par deux chevaux, un lapin et une girafe empaillés, tendres figures animales qui semblent veiller sur elle. Touchant, le château de Púbol constitue l’une des étapes incontournables de ce que l’on appelle le triangle dalinien en Catalogne.

Dali et la Catalogne

Théâtre-Musée Dali, 5, Place Gala-Salvador Dalí, Figueres, Tél. : + 34 972 677 500, tmgrups@fundaciodali.org
La Maison de Dali, Port Lligat, Cadaqués, Tél. : 972 251 015, pllgrups@fundaciodali.org
Château de Púbol, Place Gala Dalí, Púbol-la Pera, Tél. : +34 972 488 655, pubol@fundaciodali.org
La Catalogne compte, en plus de Dali, de nombreux artistes de renom à (re)découvrir sur sites.

© photo principale : Dali Atomicus de Philippe Halsman (1948) © photos article de haut en bas : n° 2  Bertrand Grondin Wikipedia, 3 CGE Wikipedia, 4 Gordito1869 Wikipedia