Jérôme Bosch, une exposition exceptionnelle au musée du Prado

L’institution culturelle espagnole met ainsi à l’honneur, depuis le 31 mai jusqu’au 25 septembre, les œuvres exceptionnelles d’un artiste de génie. Celles-ci, selon le commissaire de l’exposition du Prado, sont  "parfois difficile voire quasiment impossible à déchiffrer, de nombreuses clefs d'interprétation s'étant perdues de nos jours". Hypnotiques, oniriques, surréalistes voire psychédéliques… les peintures de Jérôme Bosch n’ont cessé de provoquer chez celui qui les contemple un mélange de stupeur, d’émerveillement, d’interrogations et d’admiration, tout en inspirant d’autres génies comme le surréaliste Dali.

On sait peu de choses sur la vie de Jérôme Bosch, qui reste peu documentée. Jheronymus van Aken, de son vrai nom, serait né aux alentours de 1450 à Bois-le-Duc (Hertogenbosch, dont il tire son pseudonyme), une petite ville des Pays-Bas, au sein d’une famille modeste d’artistes peintres. C’est son mariage avec Alcid Van Meervenne, une bourgeoise aisée, qui lui permet d’accéder à un statut social plus élevé et de bénéficier d’une situation plus confortable. On ne connaît rien, en revanche, de son apprentissage artistique, ni des voyages qu’il aurait pu effectuer en dehors de Bois-le-Duc, où il aurait passé l’essentiel de sa vie. Ce que l’on sait, par contre, c’est qu’il faisait partie de la confrérie de Notre-Dame, un culte dédié à la Sainte Vierge.

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Si Jérôme Le Bosch est un peintre de la Renaissance, contemporain de Leonard de Vinci, son style est cependant celui d’un peintre du Moyen-âge, une époque dont il tire l’essentiel de son inspiration. C’est en effet dans les bestiaires médiévaux, herbiers et ouvrages sur les mythes et légendes qualifiés de « diableries » qu’il trouve les modèles dont il a besoin pour créer ses incroyables chefs-d’œuvre.

On distingue trois périodes dans son parcours artistique : celle de ses débuts (vers 1475) avec des tableaux considérés peu originaux en comparaison à ceux produits les années suivantes, celle des triptyques (vers 1500-1505), puis la dernière période de sa vie (1505-1516), où il produit des œuvres dédiés à de grandes figures religieuses.

C’est une série de grands triptyques qui lui apportera la gloire, assurant sa renommée auprès des différentes cours européennes. Il deviendra le peintre préféré de Philippe II d’Espagne, qui fera entrer dans les collections royales plusieurs de ses œuvres, dont le célèbre Jardin des Délices.

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Ce triptyque réalisé en 1504 est composé de trois tableaux : celui de gauche représente le Paradis, celui du centre le Jardin des Délices et, celui de droite, l’enfer. Sur les panneaux, une fois fermés, on peut y voir la création du monde.

Observer ses peintures peut prendre un certain temps, tant ils sont emplis de milliers de détails. On assiste alors, médusés, à des scènes scabreuses, un spectacle étrange avec des créatures mi-hommes, mi-bêtes… dans toutes les positions. Sur le Triptyque de la tentation de Saint-Antoine, on peut notamment voir un couple sur un poisson volant…

Détail du triptyque de la tentation de saint Antoine - Hieronymus Bosch -
Détail du triptyque de la tentation de saint Antoine

Alors, à une période où la religion était centrale, où toute déviance était punie par la torture, l’emprisonnement ou la mort, comment les peintures de Jérôme Le Bosh ont-elles pu avoir autant de succès ? Malgré l’interprétation des psychanalystes au XIXe siècle ou des artistes surréalistes au XXe siècle, les œuvres de Jérôme Bosh, qui était lui-même profondément religieux, n’avaient d’autre but que de dénoncer les infamies et travers des hommes… Il s’agit donc d’une collection d’horreurs et de perversions que l’être humain se devait de rejeter et de dénoncer pour monter au paradis.

L’exposition du Prado est divisée en cinq sections, dont une consacrée à ses esquisses et à ses dessins. La première salle thématique vous permettra de situer l’ensemble de son œuvre dans sa ville natale, avec une présentation des travaux d’autres artistes hollandais comme Adriaen van Wessel ou Alart du Hameel. « Le plus grand créateur de songes, de cauchemars oniriques, capables de marquer notre souvenir à jamais » Rafael Alberti.

© Photo principale : Musée du Prado Madrid ; © Photos de l'article : Domaine public