Le jaleo, la danse endiablée du cheval

Terre de cheval, Minorque possède un folklore équestre ancestral, qui éblouit chaque année de nombreux curieux. Le jaleo , nom donné à cette tradition festive et populaire, met en scène l’animal dans une danse à la fois hypnotisante et choquante, belle et cruelle. Un rendez-vous de l’île qui ne peut vous laisser indifférent.

Expérimenter le jaleo

C’est à travers la vidéo d’une publicité pour une célèbre marque de bière tournée à Minorque que j’avais pour la première fois aperçu le jaleo, ou du moins une esquisse du jaleo. Ma véritable confrontation eut lieu pendant mes vacances sur l’île il y a quelques années. J’utilise sciemment le terme de « confrontation » car j’en garde un souvenir assez étrange. Je dois avouer que j’ai été vraiment impressionnée, voire choquée… Je ne sais pas s’il y avait un peu de fatigue ou est-ce ma simple sensibilité lorsqu’il s’agit des animaux mais en l’occurrence, ce rendez-vous minorquin m’a littéralement laissée sans voix.
Petites explications : tout au long de l’été, de juin à septembre, de nombreux villages de l’île organisent des fêtes dites patronales, célébrant les différents saints protecteurs de la localité.
Fornells, Sant Lluís, Es Mercadal… la plus connue étant celle de Ciutadella pour la Saint-Jean. Pour ma part, c’était à Alaior le week-end du 15 août.
Point d’orgue des festivités, le jaleo attire de nombreux touristes, qui délaissent ses plages paradisiaques pour goûter au Minorque des traditions le temps d’une soirée.
Quelle ferveur ! Et une ambiance électrique assez exceptionnelle. Avant que les chevaux ne fassent leur entrée fulgurante, la foule est au comble de l’excitation, cherchant à s’attribuer la meilleure place pour assister au show des chevaux mais également pour y participer, à leur manière.

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Musique maestro, l’orchestre se met alors à jouer, les cavaliers et leurs chevaux font leur apparition parés de leurs plus beaux atours et c’est parti pour le fameux jaleo. Les cavaliers manœuvrent pour que le cheval se cabre et saute au rythme de la musique. De nombreux individus se jettent alors sur ce couple étrange et tentent, en le tenant, de garder le cheval dans cette position verticale, les accompagnant ainsi dans cette danse spectaculaire, presque surnaturelle. Des grappes d’hommes se forment au plus près de l’animal, les hommes veulent toucher la bête, qui, selon les superstitions, est censée leur apporter force et puissance pendant toute l’année.

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Le jeu dure longtemps… les chevaux se suivent, « dansant » les uns derrières les autres. On ne sait pas s’ils sont effrayés, ou finalement habitués à tout ce cirque. C’est vraiment bizarre. Une fois terminé, les gens se prennent en photo aux côtés des chevaux aux crins tressés et ornés de rubans.

L’île aux chevaux

Si un tel engouement existe autour de cette fête à Minorque, il est bien entendu lié au lien historique qui unit l’île à ce noble animal.
Car rappelons que Minorque possède sa propre race chevaline : le cheval minorquin, dont l’origine remonterait à plus de sept siècles. Et c’est au roi catalan Jaime II de Minorque, au XIVe siècle, que l’on doit ce cheval à robe noire à l’allure si fière. Pour constituer une cavalerie de guerre de premier ordre, le roi avait besoin de chevaux agiles, rapides et au mental d’acier. Afin d’obtenir ce grand guerrier à quatre pattes, il décida alors de croiser des chevaux de pure race espagnole avec des petits chevaux noirs de l’île, en ajoutant une pincée de pur-sang arabe et de barbe, un cheval originaire d’Afrique du Nord. Ainsi naquit le minorquin, qui fait aujourd’hui la joie des amateurs de fêtes équestres aux Baléares.

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Le jaleo vit quant à lui le jour au Moyen-Âge. Les fêtes étaient alors organisées par les confréries religieuses dont les membres avaient pour mission la représentation des différentes classes sociales de l’époque.
C’est le flabioler , un jeune juché sur un âne, qui devait donner le coup d’envoi des festivités avec un premier coup de tambour et de flûte, le flabiol , depuis le balcon du maire. Il allait alors chercher le Caixer Sopreposat, soit le chef cavalier, pour qu’il puisse ouvrir la cavalcade, suivi des autres cavaliers représentant les différentes confréries du village.

Où voir le jaleo en 2015 ?

Ciutadella : Sant Joan, du 22 au 25 juin
Es Mercadal : Sant Martí, 18 et 19 juillet
Es Mercadal : Sant Nicolau, 13 et 14 septembre
Fornells : Sant Antoni, 25 et 26 juillet
Es Castell : Sant Jaume, 24 et 26 juillet
Es Migjorn Gran : Sant Cristófol, 1 et 2 août
Llucmaçanes : Sant Gaietà, 1 et 2 août
Alaior : Sant Llorenç, 15 et 16 août
Sant Climent : Sant Climent, 15 et 16 août
Ferreries : Sant Bartomeu, 23 et 24 août
Sant Lluís : Sant Lluís, 29 et 30 août
Maó : Mare de Déu de Gràcia, 6 au 9 septembre

© photo principale : Morgane Simon © photos article de haut en bas : Morgane Simon